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Agriculture. La méthode Polyter

 
Malgré ses vertus, le Polyter
reste peu exploité dans
l’agriculture marocaine.
(DR)

Faisant une entrée timide sur le marché marocain, l’irrigation par l’utilisation du Polyter semble présenter tous les atouts pour être au cœur du développement du secteur agricole.


Bienvenue à Sidi Slimane. La capitale du Gharb est un terroir réputé pour ses agrumes, qui font la notoriété du Maroc sur le continent européen. Ici les plantations d’orangers, de citronniers et de clémentiniers s’étendent à perte de vue.
Agrimine est une de ces grandes exploitations de la région, avec une production entièrement tournée vers l’export : quelque 30 000 arbres s’étalant sur une superficie de 167 hectares. Mais depuis quelques semaines, Agrimine est en train de changer de visage. Elle sert désormais de ferme-pilote pour la société Acoram, qui vient d'y mettre en place son procédé d’irrigation basé sur l’utilisation du Polyter. “Nous sommes partis d’un audit global pour établir tout un programme visant la modernisation de l’exploitation : de la préparation de la terre jusqu’à la sécurisation des récoltes, en passant évidemment par la généralisation de l’utilisation du Polyter pour l’irrigation de tous les arbres”, explique Saber Cherif Kanouni, fondateur d’Acoram. Objecif : améliorer la productivité de l’exploitation. “Nous avons des objectifs chiffrés vis-à-vis du propriétaire de l’exploitation : passer d’un rendement par hectare de 10 tonnes à 40 tonnes, tout en diminuant substantiellement les coûts d’exploitation”, souligne le directeur d’Acoram. Multiplier la production par quatre en trois ans, un objectif accessible ? “Dès la première année, nous serons aux alentours de 20 tonnes par hectare, soit légèrement au dessus de la moyenne nationale (17 tonnes)”, assure Saber Cherif Kanouni. Et si le management d’Acoram est confiant en la viabilité du projet, c’est grâce à son produit miracle : le Polyter.

Un produit miraculeux
Mis au point par un chercheur français vers la fin des années 80, le Polyter est un produit réputé pour ses avantages multiples. Avec sa capacité de rétention d’eau, il permet d’abord de réduire de 50% la consommation des eaux utilisées pour l’irrigation. Sa structure et ses composantes permettent aussi d’économiser entre 30 et 50% des engrais nécessaires à l’alimentation des plantes. “Le Polyter est un cristal qui enveloppe les racines pour faire corps avec la plante. Non seulement il la protège, mais il lui sert aussi de réservoir d’eau et de nutriments, dans lequel elle peut puiser selon ses besoins”, nous explique Philippe Ouaki Di Giorno, inventeur du produit. Biodégradable, le Polyter a également l’avantage de s’adapter à tout type de sol et tout genre de culture. Et cerise sur le gâteau : le Polyter améliore considérablement le rendement des plants, que ce soit en quantité ou en qualité. “Dans le cas des orangers, par exemple, nous sommes certains d’avoir des produits de même calibre, ce qui constitue un atout considérable quand la production est orientée vers l’exportation”, explique Kanouni.

Le produit a d’ailleurs fait ses preuves aux quatre coins du globe : du Japon au Brésil, en passant par les Emirats arabes unis, la France et le Sénégal. “C’est grâce à ce procédé que nous avons transformé le Sahara en oasis”, raconte l’inventeur, en brandissant des photos de la fameuse cité Al Jouamaïrah de Dubaï. Au Maroc, le Polyter a déjà fait son entrée vers la fin des années 90. “Nous avons mené des projets assez concluants, comme la plantation de 200 000 palmiers en pépinière. Seulement, j’étais associé avec des agriculteurs dont le souci a été uniquement de développer leur exploitation et non pas de vulgariser et faire connaître le produit”, confie l’inventeur du Polyter. Aujourd’hui, la page est tournée et son nouveau partenariat avec Acoram semble fonctionner à merveille. Même si la commercialisation du produit démarre timidement (moins de 10 tonnes écoulées en 15 mois), les partenaires ont de grandes ambitions pour le développement du produit. Une unité de fabrication sur place est même à l’ordre du jour. “La seule usine installée au sud de la France frôle la saturation. Des projets sont aujourd’hui à l’étude pour ouvrir de nouvelles unités aux Emirats arabes unis et au Maroc”, explique Philippe Ouaki. “Il y a même des entrepreneurs allemands qui sont intéressés pour prendre part à la réalisation de cette unité au Maroc”, surenchérit Kanouni.

Une solution écologique
Il faut dire que depuis son introduction, le Polyter fait de plus en plus d’adeptes parmi les exploitants agricoles. À chaque expérience, les résultats ont été concluants. Exemple : un programme lancé avec les Eaux et Forêts et la société Altadis dans la culture de tabac à Errachidia. “Sur la petite superficie où ils ont bien voulu tester notre produit, ils ont obtenu des feuillages à 30% supérieurs aux plantes avoisinantes, explique le patron d’Acoram. La généralisation de l’utilisation de ce procédé d’irrigation à tout le programme ne devrait d’ailleurs pas tarder”.

Avec tous ses atouts, le Polyter apparaît alors comme la solution idoine pour le développement de l’agriculture marocaine, de manière à la rendre moins dépendante des aléas climatiques. De plus, l’optimisation des ressources hydriques est un slogan scandé par les pouvoirs publics, aujourd’hui qu’ils voient le stress hydrique se profiler à l’horizon (2025). À chaque occasion d’ailleurs, le déficit en cette ressource est souligné : le 22 mars dernier (Journée mondiale de l’eau), les milieux agricoles se faisaient l’écho de l’insuffisance du taux de remplissage du barrage Mohammed V, inapte à couvrir les besoins en eau des surfaces cultivées en clémentines dans la région de Berkane.

Néanmoins, la vulgarisation et l’utilisation de ce procédé passent par une véritable volonté publique. Depuis des années déjà, des subventions sont accordées aux agriculteurs pour s’équiper en matériel agricole et en dispositifs d’irrigation. Le Polyter ne figure pas, pour l’heure, sur la liste des produits subventionnés. Le ministère de l'Agriculture a-t-il au moins eu connaissance de l’existence d’un tel produit ? Le Monsieur Hydraulique du département est resté malheureusement injoignable. Du côté d’Acoram, on assure néanmoins qu’un “dossier explicatif a été déposé à plusieurs reprises au ministère, sans qu’il n’y ait jamais eu la moindre réponse”. Une indifférence qui n’est pas pour décourager l’inventeur du Polyter, qui se rappelle toujours ses débuts difficiles. “Au démarrage de ma société en France, je faisais le tour des municipalités pour les convaincre d’utiliser mon produit. Leur réponse a toujours été : “De toute façon, nous ne payons pas l’eau”. Ce n’est qu’après l’instauration des 35 heures et la difficulté d’employer des gens pour l’arrosage quotidien des jardins publics que certains maires ont fini par recourir au Polyter”. Au Maroc, on est bien loin de ces considérations, et la rationalisation de l'utilisation de l'eau figure parmi les priorités du département d'Akhannouch. Et si le Polyter était l'une des solutions ?



Acoram. Le business écolo

Depuis sa création en 1999, Acoram a fait des produits écologiques son cheval de bataille. La société se fait d’abord connaître par sa gamme d’économiseurs d’eau. De la simple plaque pour réduire la consommation des chasses d'eau aux produits les plus sophistiqués, conçus pour les grands hôtels, les sites industriels et même les casernes militaires, la jeune société se constitue un portefeuille clients des plus impressionnants. Il faut dire que son argument commercial ne laisse personne indifférent : ses solutions permettent d’économiser jusqu’à 60% de la consommation d’eau. Le point fort de la société est également d’avoir su entretenir des relations étroites avec des entreprises internationales, particulièrement performantes dans le domaine de l'économie d'énergie. Des sociétés pour la plupart montées par des inventeurs éparpillées dans les quatre coins du monde. Chose qui permet à Acoram d’élargir en permanence sa gamme de produits et services à divers domaines, comme l'énergie solaire, l'éclairage basse consommation, les filtres à eau et les filtres à air.

Par Fahd Iraqi (Source: Tel Quel On-line, Nº317)

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